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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 12:38

Le vent glacial cingle son visage écarlate.

Son rêve d'âtre est bien loin ce matin.

Un réveil de plus, presque inespéré.

 

Une lampée de piquette.

Un revers de manche au menton souillé.

Un remballage résigné de bouts de cartons

Et de la bouteille.

Puis une déambulation hasardeuse vers le café du coin de la rue.

Celui avec les tables en formica et la devanture poussièreuse.

 

Il entre et sa voix rocailleuse ose un "bonjour" délicat.

Le patron jette à peine un oeil entre deux coups de torchon.

Un client accoudé au comptoir tourne furtivement la tête

Par dessus son épaule

Et replonge aussitôt son regard dans les infos de la vieille télé.

Un autre tousse au fond du bistrot.

Aucune réponse.

 

Il traîne sa carcasse fatiguée vers la petite table isolée de gauche,

Encore jonchée d'une tasse de café sale

Et de tâches suspectes.

Pose son sac au pied de la banquette éventrée et s'installe.

 

Il farfouille le fond de sa poche à la recherche

De la monnaie glanée la veille aux abords du caniveau voisin,

Comme pour signifier son intention de client.

 

Ce n'est qu'au retentissement des pièces sur la table

Que le patron bourru daigne s'approcher pour prendre la commande.

- " ça sera? ".

- " Un thé s'il vous plaît monsieur ".

 

Le client du fond se remet à tousser

En projetant ses miasmes tout autour de lui.

 

Celui du comptoir vocifère contre les arabes

à la vue des infos sur les émeutes en Egypte:

- " Qu'ils se tuent entre eux ces ratons ! ".

Le patron se met à rire grossièrement

Tout en ramassant les centimes.

 

Une voiture vient stationner devant la vitrine embuée.

Une femme, élégante, en sort soudainement et pousse la porte du troquet,

Presque gênée.

Elle s'adresse aimablement au patron

Pour lui demander la monnaie sur dix euros.

- " C'est pour le parcmètre " se justifie-t-elle.

Celui-ci ronchonne mais accepte.

Aussitôt la dame repartie, il lance un tonitruant

- " Salope ! ".

Et voilà les clients lancés dans un bel éclat de rire collectif,

Sauf celui au sac à dos, toujours en attente de son thé.

 

Ricanant encore de sa splendide réplique,

Le patron apporte enfin le thé au client en guenilles.

Froid du coup.

Même glacé.

 

- " Merci monsieur ".

Le patron s'en retourne à son bar en se grattant le cul.

Le client du fond s'étouffe un peu entre sa toux grasse et ses rires.

Et celui du comptoir recommande un rouge limé et un banco.

 

Le client aux poches désormais vides avale son thé rapidement

Et se lève, comme pressé de retrouver le vent froid.

Il se couvre précautionneusement de son long manteau troué,

Renoue son écharpe,

Réordonne un peu son sac.

 

Les trois autres pendant ce temps rivalisent

naturellement de blagues bien à propos

Sur les "putes" et les "bougnoules".

C'est dans le vacarme de leurs rires

Et leur immense mépris

Que l'homme regagne le trottoir,

Non sans un timide

- " Au revoir messieurs ".

 

Ils l'observent enfin, regagnant l'angle de la rue,

Re-déballant son carton et son chapeau de mendiant.

La dame repasse à cet instant devant lui, de retour vers sa voiture

Toujours stationnée devant le bar

Et lui donne son reste de monnaie ainsi qu'un doux sourire.

- " Merci beaucoup madame ".

 

Tous deux dehors n'entendent alors plus la toux grasse, les rires graveleux

Ni les derniers commentaires de dedans:

- " Regardez-le l'autre clodo avec la salope ! ".

- " Aucun savoir-vivre celui-là ! ".



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Published by Vince - dans mots cris
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commentaires

Cat 03/02/2012 17:44

Dis moi où est ce bar que j'aille y foutre un beau bordel !!!!

Vince 03/02/2012 20:30



partout malheureusement!



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